Goûter au sel de sa vie

Françoise Héritier, grande anthropologue et ethnologue française a écrit en 2012 le best-seller Le Sel de la vie, aux éditions Odile Jacob : une « méditation toute en intimité et en sensualité, (ou elle) traque ces choses agréables auxquelles notre être profond aspire ». J’aurais aimé l’interviewer pour vous, mais Françoise s’en est allée quelques jours avant la création de ce blog, le jour de ses 84 printemps.

Première femme anthropologue au Collège de France, Françoise Héritier a passé sa vie à étudier et décortiquer la domination masculine. Curieux hasard de la vie que cette joyeuse féministe porte un nom masculin comme nom de famille, Françoise nous laisse en héritage un travail incommensurable sur la place de la femme dans la société.

Telle son oeuvre Le Sel de la vie, je me lance, dans ce premier article du genre, à l’exercice difficile d’écrire à sa manière ce qui pour moi constitue le sel de ma vie. Merci Françoise Héritier pour cette leçon de vie, merci à ma collègue et amie Jessica Tedesco d’avoir glissé sur ma route « ce merveilleux monologue murmuré » qui a inspiré le mien. La lecture de cette infinie phrase sera sans doute pour vous surprenante, mais elle n’a d’autre objectif que de lister tous ces petits riens qui font que la vie est douce… et de vous donner l’envie (qui sait ?) de rédiger à votre tour le sel de votre vie.

*

Éplucher une clémentine en une seule fois, faire tomber la tartine du bon côté, sentir l’odeur du gâteau au chocolat dans sa maison quand on se lève le matin, apercevoir un écureuil dans un arbre, obtenir un oui à notre question, rencontrer un nouveau-né, faire la paix avec un ami, avaler une boite complète de Tic-Tac, mettre des sandales pour la première fois de l’année, prendre un coup de soleil sur le nez au mois d’avril, réussir à se mettre du vernis à ongles de la main gauche, prendre une douche chaude, être réveillé par le cui-cui des oiseaux, être invité à une boom, entendre Gala à la radio, revoir Titanic et encore espérer que Jack ne meurt pas à la fin, acheter des pop-corn au cinéma, dévorer une barpapapa au Parc de la tête d’Or, se balader dans un marché nocturne en bord de mer, fermer la porte à clé quand on part en vacances, ouvrir la boite aux lettres et découvrir une lettre manuscrite, déguster un Cheesecake dans un salon de thé, s’émerveiller de voir son enfant commencer à gambader, recevoir un texto d’une amie qui nous souhaite juste d’être heureuse, se glisser dans des draps propres qui sentent bon le frais, déjeuner avec une amie enceinte et voir ses yeux pétiller de bonheur, avoir besoin de ses lunettes de soleil en plein mois de mars, se balader en ville avec un café à emporter, trouver un bonbon Arlequin au fond de son sac, arriver en avance à son cours de yoga, manger des churros sur la plage, acheter son magazine préféré dans une gare, ouvrir la petite portion d’emmental servie sur le plateau-repas dans l’avion, retrouver une photo de soi d’il y a 10 ans, se faire masser le crâne, voir une baleine sauter dans l’océan, marcher dans le sable chaud, manger une pizza qui sort du four, être dans les bras de son amoureux, trouver un vieux photomaton, monter un escalier sans être essoufflé, prendre un chaton dans ses mains, manger un Mister-Freeze en pleine canicule, prendre un bain de pieds, nettoyer son pare-brise avec du lave-glace à la pomme, faire une crêpes-party, manger du Nutella à la cuillère, faire un vœu en dégustant les premières fraises de l’année, planifier ses prochaines vacances, passer un pain au lait au grille-pain, partir camper, faire pousser des lentilles dans du coton, peindre avec les doigts, ramasser de la mousse dans les sous-bois, réussir à retirer un morceau de pêche coincé entre les dents, s’étirer comme un chat, danser la macarena, faire des bulles, s’offrir un cadeau et le faire emballer, marcher dans la boue, acheter une baguette de pain encore chaude, prendre un fou-rire au bureau, ramasser des jonquilles, reprendre du pain pour finir son fromage puis du fromage pour finir son pain, boire du punch dans un gobelet en plastique en mangeant des curly, faire une bulle avec un Malabar bi-goût, sentir encore le parfum de la personne qui vient de partir de chez soi, allumer une bougie, aérer sa chambre, faire une pâte à tarte maison, acheter plein d’abricots sucrés, recevoir une carte postale, se coucher à 5h du matin, manger son jambon mixé, mettre du ketchup dans de l’Ebly, entendre sa chanson préférée à la radio en démarrant sa voiture, connaître par cœur les paroles du tube de l’été, aller chez Ikea quand il n’y a personne, écouter la musique à fond dans sa voiture, manger des spaghettis bolognaise, regarder Alladin à la télé le dimanche soir, faire une cabane sur son canapé, ouvrir un Flamby, prendre un petit-déjeuner à la terrasse d’un café, déguster ses crevettes après les avoir toutes décortiquées, finir un bouquin, prendre son temps, installer sa serviette minutieusement à la plage, avoir terminé ses cadeaux de Noël le 6 décembre, voir un nain de jardin, mettre une fraise Tagada au bout de chacun de ses doigts.

*

Juste vivre en fait.

Et sentir la vie en soi.

Et découvrir que tout est parfait comme ça.

Qu’il ne manque absolument rien pour que je sois plus heureuse.

sel de la vie

2 réflexions sur “Goûter au sel de sa vie

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