EGO quand tu nous tiens…

Deux journées d’hiver ensoleillées. L’une à Montréal, l’autre à Lyon. Deux tasses fumantes prêtes à être dégustées. L’une de thé, l’autre de tisane. Deux moments différents de la journée. L’un à 9 heures, l’autre à 15 heures. Trois personnes qui se rejoignent par ordinateurs interposés. L’un Serge Marquis, l’autre Anaïs Guyot et Annabel Hamon.

Nous avons eu l’immense joie de partager à distance un moment riche en découvertes avec le Dr Serge Marquis. Voici le début d’une série d’articles consacrés à ce que nous avons appris de cet échange tellement précieux. Dans ce premier article, je reviens pour vous sur l’ego à travers quelques mots clés qui sont au cœur du travail de Serge.

 

L’ego est un oignon

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C’est un oignon formé de plusieurs couches. Ces couches représentent les différents « objets » auxquels nous nous sommes identifiés au fur et à mesure de notre évolution : Serge les appelle nos pelures identitaires.

La pelure « possession », par exemple, c’est quand je m’identifie à ce que je possède. J’essaye un vêtement dans une boutique. La vendeuse me dit « c’est tout à fait vous, c’est votre style ! ». Et là, je commence à m’identifier à mon vêtement et mon dialogue intérieur se met en place : « mon vêtement me représente, il reflète ma personnalité, ma différence… il me distingue de l’autre et me met en valeur… en plus il est cher ! alors il a de la valeur… mais moi aussi j’ai de la valeur, alors je le mérite ! ».

Je rentre chez moi fier comme un paon et mon conjoint me dit « mais qu’est-ce qui t’a pris d’acheter cette horreur ? ». Et là c’est la catastrophe. Je ne prends plus cette remarque comme une remarque au sujet du vêtement mais comme une remarque à mon sujet, car je me suis identifié à mon vêtement sans même en avoir conscience. Ce vêtement qui « me distingue, me met en valeur, représente mon style, ma personnalité, mon unicité, ma valeur même » !

Vous voyez le dérapage ? Parce que je me suis identifié à mon vêtement, lorsque quelqu’un l’attaque c’est comme si on m’attaquait personnellement. Le cerveau est incapable de faire la différence.

 

L’ego est apparu au temps des mammouths

Au cours de l’évolution de l’être humain, l’ego est apparu et représente les premiers rudiments du moi. Le cerveau humain s’est développé au fur et à mesure que l’homme élaborait de nouveaux concepts. Les premiers hommes ont compris que leur territoire leur permettait de survivre : mettre leur famille à l’abri et décourager les prédateurs d’approcher.

Et puis… ils ont voulu l’agrandir, le perfectionner, l’embellir, le valoriser. Et de la même manière que l’on est passé de « j’achète un vêtement car il me tient chaud et me protège » à « j’achète un vêtement car il me met en valeur, me représente = je suis mon vêtement » ; les hommes de l’époque sont passés de « j’ai un territoire et il me permet de survivre » à « j’ai un territoire, il me distingue, me rend différent = je suis mon territoire ».

 

Nous sommes devenus tout ce qui nous entoure

On ne s’identifie pas seulement à nos vêtements. On est aussi notre montre, nos bijoux, notre parfum, notre voiture, notre maison. On est toutes nos possessions à partir du moment où on s’identifie à elles, c’est-à-dire dès lors qu’on les acquiert avec le sentiment qu’elles nous ressemblent, nous distinguent des autres, nous valorisent.

Autrement dit lorsque nous pensons qu’elles sont nous.

Ce processus d’identification à nos possessions se met en place sur le même modèle que le dérapage initial qui a conduit l’homme des cavernes à s’identifier à son territoire.

Mais on ne s’identifie pas seulement à nos possessions. On croit aussi que l’on est ce que l’on fabrique. On s’identifie à notre métier, à nos réalisations, nos créations, nos œuvres. On cherche le statut, le titre, la promotion, la dénomination de poste qui sera à la hauteur de notre valeur personnelle.

On croit aussi que l’on est ce qu’on réussit à atteindre… ou pas. On s’identifie alors à nos performances sportives ou scolaires, à nos réussites, à nos exploits ; autant qu’à nos échecs et à nos déceptions. Et comme on s’identifie au résultat que l’on atteint, on laisse notre humeur dépendre de ce résultat, qui lui-même dépend très souvent de la décision de quelqu’un d’autre que nous.

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On croit aussi que l’on est notre apparence. On s’identifie à notre image et débute alors la guerre contre la première ride, le moindre bouton, le kilo non-désiré ; mais également la course au nombre de likes sur les réseaux sociaux, aux crèmes miracles, voire aux injections et à la chirurgie esthétique.

On cherche la perfection esthétique extérieure qui viendra nous confirmer que nous sommes beaux à l’intérieur.

On croit aussi que l’on est nos opinions, nos idées, nos croyances. On s’identifie alors à notre religion, à nos convictions politiques, écologiques ou sociétales. Et dès lors que nos croyances sont menacées, nous nous sentons menacés nous-mêmes parce que nous sommes devenus notre propre conviction.

 

L’ego nous fait inutilement souffrir

Dès qu’une remarque est formulée au sujet de l’objet auquel nous nous sommes identifiés et parce que cet objet est devenu une pelure identitaire, nous ne percevons plus cette remarque comme étant à propos de l’objet mais à propos de notre propre être. Notre instinct de survie se met en marche comme si c’était notre être qui était en danger.

Le cerveau ne fait pas la différence entre une menace à l’ego et une menace à l’être.

Et c’est comme ça qu’on se sent triste, ou en colère, qu’on commence à se vexer, se disputer, se faire la tête ou des reproches, à s’agresser, se frapper, voire à se déclarer une guerre. L’identification à tout ce qui nous entoure nous amène à vivre de grandes souffrances inutiles.

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Mais je vous rassure, il existe une multitude de techniques simples pour arrêter de nous identifier à tout ce qui nous entoure, et comme Serge Marquis le dit si bien « passer du mode EGO au mode PRÉSENCE » ! Et la première étape se trouve ici !

 

***

Merci à mes collègues et amis Serge Marquis et Annabel Hamon

Le Dr Serge Marquis est un médecin et conférencier québécois, spécialiste en santé communautaire et médecine du travail. Depuis plus de 30 ans il oeuvre activement pour diminuer la souffrance en entreprise et apaiser notre ego, à l’origine de notre perte de sens, notre soif de reconnaissance et notre rapport névrosé avec le temps. C’est un homme joyeux et disponible, profondément présent à la relation à l’autre et à ce qui l’entoure.

Annabel Hamon est une spécialiste française en management de la relation client. Elle est certifiée en psychologie positive par l’université de Berkeley et en sophrologie par la fédération des écoles professionnelles en sophrologie (en cours de certification). C’est une femme curieuse et créative, profondément disponible et à l’écoute de l’autre, grâce à son multilinguisme et son expérience à l’international.

Notre échange est notamment basé sur la lecture du dernier livre de Serge Marquis, Les aventures illustrées de Pensouillard le hamster, paru en 2017 aux Editions de La Martinière. Les illustrations utilisées dans cet article sont issues de ce livre, elles ont été réalisées par Gilles Rapaport, dessinateur de presse, auteur et illustrateur de livres jeunesse. Merci Gilles pour ces illustrations qui nous aident à mieux comprendre le mécanisme de l’ego.

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8 réflexions sur “EGO quand tu nous tiens…

  1. Annabel HAMON dit :

    Quel grand bonheur pour moi que cette rencontre, avec Anaïs tout d’abord, il y a maintenant deux ans (nous avons tellement appris ensemble) et avec ce grand monsieur qu’est Serge Marquis.
    Il est le bon sens et la gentillesse incarnés. Et quelle capacité de réflexion, je suis juste «en amour».

    Aimé par 1 personne

  2. newsomz dit :

    Merci bien pour cet article qui a éclairé pour moi des pensées que j’avais depuis longtemps. J’ai hâte de lire la deuxième partie ! Il fait que je cherche des livres de Serge Marquis.

    Aimé par 1 personne

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